Spiritualité

Quelque part dans le temps...

 

 
Résumé: La spiritualité n’est pas un système religieux ou une philosophie culturelle. Elle est une fonction naturelle vivante de l’être humain. Elle est indépendante de toute croyance, religion ou dogme. Elle consiste à reconnaitre l’existence de notre Moi véritable, de notre ESSENCE, et à apprendre à nous laisser guider par elle. C’est donc la découverte d’une autre dimension de nous-même, une partie lumineuse, puissante et grandiose, qui ne demande qu’à être développée par l’expérience. Lorsque nous sommes en connexion avec elle, elle transforme notre état intérieur qui se caractérise alors par la joie et la liberté. Elle transforme aussi nos sensations corporelles, car elle agit comme une Source d’énergie et élève notre état vibratoire. Nous sommes invités à réaliser cet état en observant les jeux de l’égo, ses résistances, et en cultivant la confiance et le lâcher-prise. Des clés pratiques telles que l’observation de nos sentiments et la méditation sont suggérées

Il règne une grande confusion dans les esprits sur ce qu’est la spiritualité. Cet article a pour vocation de contribuer à la dissiper. La spiritualité n’est pas une religion. Elle n’est pas non plus un sujet d’étude culturelle sur les croyances des peuples primitifs.

La spiritualité est une fonction vivante naturelle de l’être humain.

Le mot spiritualité recouvre des sens bien différents selon les personnes.

  • Pour certaines personnes, la spiritualité désigne un système de croyances et de rituels religieux. La spiritualité d’un chrétien passe par le respect des dogmes et des rituels de l’église chrétienne.

  • D’autres considèrent la spiritualité comme un ensemble de coutumes sociales que les populations ont élaborées pour trouver la force de dépasser les épreuves de la vie et se rassurer. Elle donne un sens à leur existence et offre des exutoires à leur crainte des puissances naturelles et à leur peur de la mort. Ce serait donc une sorte d’habillage culturel un peu artificiel et puéril que chaque civilisation s’est inventé.

  • On dit aussi parfois de quelqu’un qu’il est spirituel, ce qui signifie qu’il a de l’esprit, qu’il nous amuse.

Aucun de ces aspects ne sera développé ici. Mon but n’est pas de réaliser une enquête encyclopédique, linguistique, ethnologique ou sociologique à ranger dans un coin du cerveau ou sur une étagère. Il est d’apporter une connaissance vivante qui nous permette de nous épanouir pleinement. Dans cet article, la spiritualité est envisagée comme une autre dimension de nous-même, une fonction naturelle comme manger, boire ou penser, que nous avons à découvrir et à développer, comme on peut développer son intellect ou sa mémoire. La spiritualité est une voie d’éveil et de croissance, une façon d’explorer nos dimensions à la fois plus profondes et plus élevées.

Nous vivons un moment où l’humanité évolue spirituellement de façon spectaculaire en se dirigeant vers la réalisation de son essence et de sa raison d’être. Il est donc urgent que ces connaissances soient mises à la disposition de tous. C’est le rôle qu’on pourrait logiquement attendre de la part de l’éducation publique, médiatique ou religieuse, mais c’est en vain. Heureusement, il existe de nombreux ouvrages et écoles de sagesse qui traitent de cette question, auxquels nous pouvons nous abreuver. En voici une synthèse introductive.

Le voyage vers Soi

Tant que nous fonctionnons de façon automatique en remplissant nos taches les unes après les autres, nous ne laissons pas une véritable place à la spiritualité. La spiritualité apparait dans notre vie dès que nous commençons à porter attention à nos insatisfactions et nos aspirations, à nos sentiments et sensations, et que nous nous demandons quelle est véritablement le sens de notre vie. Pourquoi dois-je affronter des contrariétés? Pourquoi toutes ces difficultés à traverser? A quoi a servi tout ce que j’ai réalisé, à quoi sert ce que je fais? Quelle est ma place dans cette vie?

Lorsque nous nous demandons si nous sommes bien à notre place, nous reconnaissons

implicitement que nous sommes faits pour être à une place plutôt qu’à une autre. Nous percevons qu’il existe en nous un MOI véritable et authentique et que nous sommes ou non en concordance avec lui. De plus, si nous sommes en concordance, nous nous sentons à notre place, nous nous sentons bien. Sinon, nous cherchons à trouver cette concordance dont nous pouvons avoir été détournés par les circonstances. Ce MOI est notre Essence. On le nomme aussi le SOI. Ce SOI est masqué ou entravé par une autre identité que nous avons construite sous l’influence de notre éducation. On la nomme la personnalité.

La spiritualité consiste à reconnaitre l’existence de notre ESSENCE et à lui permettre de se manifester et de se développer. On se met à son écoute, on dialogue avec elle afin de faire connaissance intime, et on crée les conditions pour qu’elle puisse prendre sa vraie place. Lorsque cette démarche est effectuée avec patience, persévérance, conviction et confiance, elle apporte des récompenses inattendues, telles que joie, liberté, et bien d’autres choses “magiques”.

La découverte de notre Essence et de la spiritualité ressemble à l’exploration d’un pays inconnu. Imaginez que vous vivez en Europe avant la “découverte” de l’Amérique. Vous connaissez bien l’Europe, ses habitants, ses coutumes, mais vous vous demandez s’il existe vraiment des terres au-delà de la mer. Certains affirment qu’il n’y en a évidemment aucune, car cela ne peut pas exister, sinon, tout le monde le saurait. Ils se moquent de ceux qui croient que ces terres sont bien réelles et qui rêvent de s’embarquer pour les découvrir. Ils les jugent naïfs, fous ou prétentieux. Peut-être êtes-vous de ceux qui ignorent les railleries et suivent l’appel du cœur sans se soucier du qu’en-dira-t-on? Vous êtes de ceux qui pensent que la meilleure façon d’avoir une réponse aux interrogations est de se rendre compte par soi-même, en allant voir. De la même façon, nous pouvons découvrir notre pays intérieur, notre Essence, par l’exploration, le ressenti et l’observation. L’attitude expérientielle est le processus même du développement spirituel.

Toutefois, nous pouvons tirer parti de l’expérience des pionniers. Rien ne nous oblige à nous mettre en route uniquement sur la base de rumeurs qui peuvent s’avérer illusoires et fantaisistes, ou à faire le voyage seuls et sans repères. Nous pouvons nous préparer à ce voyage. Nous pouvons être aidés et guidés dans notre démarche par ceux qui ont rapporté honnêtement leurs expériences et leurs observations. Lorsque Christophe Colomb a raconté qu’il avait découvert l’Amérique, on aurait pu douter de ses paroles et pensé qu’il avait lui-même inventé cette histoire. Or il ramenait avec lui des objets, des livres, et même des amérindiens qui attestaient son voyage. De la même façon, ceux qui souhaitent expérimenter la dimension spirituelle tireront profit des rencontres avec ceux qui ont déjà parcouru le chemin. Certains êtres éclairés ont transmis leurs connaissances et ont écrit des guides de voyages dont cet article s’inspire.

Certains d’entre nous repoussent ces récits en disant qu’ils n’y croient pas. Mais il n’est pas nécessaire de croire en des vérités établies. Processus de découverte expérimentale, la spiritualité est indépendante de toute croyance, religion ou dogme. Il suffit de s’embarquer pour découvrir. Et dans le voyage spirituel, il est possible de voguer un peu, s’arrêter, faire demi-tour, repartir, voguer un peu plus.

Relâcher l’emprise de la personnalité

S’il existe en nous un Moi véritable, pourquoi n’est-il pas naturellement apparent et manifeste? Pourquoi notre dimension spirituelle n’est-elle pas installée d’emblée? Pourquoi nous faut-il un effort pour la découvrir? Parce que c’est à ce prix qu’elle peut se développer et prendre de la force, telle un muscle que l’on entraine par l’exercice physique et qui se développe en affrontant une force antagoniste, une résistance.

En réalité, notre Essence était manifestement présente à notre naissance. Mais par la suite elle a été recouverte par la personnalité que nous nous sommes construite au cours de notre vie. La personnalité est la résistance qui s’oppose au muscle de l’esprit. Elle est constituée de nos comportements, habitudes, coutumes, culture, style de vie, règles idéales de “bonne” conduite, etc. Nous l’avons élaborée peu à peu, de façon inconsciente, en réaction aux situations et événements plus ou moins douloureux que nous avons vécus et aux influences diverses que nous avons reçues. C’est un vêtement que nous avons tissé, qui a été nécessaire pour que nous soyons acceptés et aimés dans ce monde. C’est le personnage que nous avons adopté pour paraitre à l’image de ce qu’on attendait de nous. C’est un déguisement, un masque (le mot personnalité vient de Persona, mot étrusque signifiant masque de théâtre). Malheureusement, le plus souvent, notre personnalité ignore, délaisse ou repousse notre Essence.

Nous sommes tellement habitués à ignorer notre Essence, à agir et penser selon notre personnalité, que nous avons oublié qu’elle n’est qu’un déguisement momentané, un accessoire de théâtre, un vêtement social, et nous avons l’impression qu’elle est réellement nous-mêmes. Nous sommes très attachés à notre personnalité car nous pensons que c’est grâce à elle que nous pouvons être acceptés et reconnus. Nous avons peur d’être rejetés si nous l’abandonnons et nous déployons beaucoup d’efforts pour nous conformer à elle et nous sentir dignes d’être aimés. Lorsque nous ne recevons pas les récompenses de notre effort, nous nous sentons non respectés, blessés. Ces réactions émotionnelles négatives sont le signe de notre attachement à la personnalité.

Afin de permettre à notre Essence de reprendre sa place et de se déployer, il est nécessaire de déserrer l’emprise de notre personnalité qui nous pousse à contrôler nos émotions et comportements et à bloquer notre spontanéité. Relâcher la personnalité, c’est nous autoriser à être plus spontanés dans nos comportements, à la façon de l’enfant. Le petit enfant vit ses élans dans l’énergie du moment et dans la confiance – du moins tant qu’on ne lui forge pas une personnalité en réprimant ces tendances.

Quand vous réagissez comme des enfants, comme le veut votre être intérieur, votre conscience vous dit: “non, il ne faut pas. Je suis un grand professeur, je n’ai pas le droit de me laisser aller”. S’il vous plait, désorganisez ce comportement extérieur. Quand vous ne travaillez pas au niveau de votre mental, vous êtes plus près de votre c?ur. Vous dansez. Vous êtes dans la plaisanterie. Laissez tomber votre personnalité! Quand vous êtes dans la plaisanterie et dans la joie, vous prenez toutes les choses avec aise comme le font les enfants… La spiritualité, ce n’est pas se dire disciple de tel grand maître. C’est se relâcher. C’est être honnête avec soi-même, très clair, sans ambiguïté, sans hypocrisie. (Swami Chetan)

L’appel de notre Essence

Comment nous rendre compte que nous relâchons la personnalité? Comment pouvons-nous sentir que nous sommes en accord avec nous-mêmes et que nous faisons place à notre Être intérieur? L’Être intérieur se manifeste à nous par nos sentiments et nos sensations. Lorsque nous sommes en résonance avec lui, que nous laissons couler en nous sa vibration, nous ressentons de la légèreté, de la satisfaction, nous respirons plus librement, nous nous sentons ouverts. Au contraire, lorsque nous l’ignorons, nous sommes envahis par de la frustration, de la tristesse, du découragement, de la colère ou de la rage.

Ces sentiments de malaise sont des signaux d’appel de notre Être intérieur, mais nous ne les reconnaissons généralement pas comme tels. Nous préférons accuser les autres ou les circonstances d’en être la cause. En conséquence nous luttons pour nous protéger de ces circonstances et des autres, ou pour les modifier. Nous écoutons les revendications et les exigences de notre petit moi, que nous prenons pour les nôtres, et nous ne prêtons pas attention aux aspirations plus profondes de notre Essence.

Les désirs de l’égo (la personnalité) sont accompagnés de la crainte de ne pas parvenir à ses fins. S’il ne réussit pas, s’il n’est pas à la hauteur, il s’estime sans valeur, incompétent, lâche, ridicule, etc. Il est constamment dans le jugement. Afin de satisfaire son idéal illusoire, nous sommes en permanence dans l’effort et dans la lutte. A la longue, nous éprouvons du ressentiment envers la vie qui nous demande tant, pour peu de résultats. Si nous arrivons au résultat escompté, c’est sans garantie de durée et de sécurité, car il y a la crainte constante de perdre ce que nous avons acquis. Cela provoque des tensions dans le corps et dans l’esprit, nous nous fatiguons, ressentons de la lassitude, et parfois nous craquons ou nous déprimons. La stratégie de lutte pour devenir quelqu’un n’est pas une bonne voie pour trouver la joie et le bonheur.

Quand nous craquons, qu’est-ce qui craque en nous? C’est l’édifice artificiel que nous avons construit, et que nous voulons maintenir coute que coute, ce sont les croyances de l’égo, la personnalité trop présente. Quand nous sommes en dépression, cela signifie que l’énergie s’est retirée afin de ne plus contribuer à ce jeu qui ne nous convient pas. Notre corps nous impose de lâcher prise. Cela peut être bénéfique et même salutaire si nous en saisissons le sens. Mais généralement, nous ne reconnaissons pas l’existence de l’Être intérieur et les modalités de son fonctionnement, et nous pensons qu’il n’y a pas d’autre issue que de nous résigner à notre condition insupportable ou de mourir. “Craquer” est le moyen qu’emploie l’Être intérieur pour nous rappeler à l’ordre et se faire reconnaitre. Toutefois, il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à cette brutale secousse pour le reconnaitre et lâcher prise. Cela peut être amené en douceur si nous nous engageons consciemment et avec détermination dans cette voie, en étant attentif à nos sentiments et nos sensations.

Le lâcher-prise

Lâcher prise, c’est lâcher notre emprise sur nos activités et nos attitudes. C’est discerner celles qui ne nous conviennent pas, mais auxquelles nous nous accrochons, et nous laisser guider par notre Essence. C’est nous détacher de nos aspirations illusoires et souvent vaines soufflées par l’égo pour son profit. Lâcher prise, c’est accepter de ne plus être le conducteur et le seul maitre à bord, et de passer le volant à l’élan de vie intérieur.

Par exemple, c’est renoncer à avoir une vie programmée et annoncée d’avance. Dans un roman de Henri Gougaud, L’homme à la vie inexplicable, le personnage principal voit sa vie s’orienter chaque jour vers des aventures qu’il ne souhaitait pas. Il avait d’autres projets. Mais les circonstances en ont décidé autrement. En acceptant de se laisser guider par elles, il a découvert une vie bien plus formidable que celle qu’il avait programmée.

Dans le quotidien, c’est renoncer à vouloir obtenir un résultat à tout prix (obtenir tel poste, obtenir que quelqu’un vous cède quelque chose, ..), basé sur la volonté farouche de réussir (je veux y arriver). Car par une écoute attentive de soi, nous pourrions nous rendre compte que vouloir n’est pas notre vrai objectif. Par exemple, nus voulons réussir pour être apprécié, donc le vrai objectif, c’est être apprécié, et il provient de notre peur d’être rejeté. Cette peur est dictée par l’égo, la personnalité. Lorsque nous donnons place à l’Essence, elle disparait. Bien entendu, la persévérance en vue d’un objectif est une vertu très appréciable; mais il est judicieux de l’appliquer à la direction indiquée par l’Essence, qui nous mène vers la joie et le bonheur, au lieu de la peine et du ressentiment.

Parce qu’elles n’ont cessé de remplir leurs fonctions familiales et sociales contraignantes, certaines personnes ont l’impression qu’elles ont travaillé toute leur vie, et qu’elles se sont oubliées. Mais qui en nous a oublié qui? Notre personnalité a oublié notre être profond, notre Essence, tout simplement. En réalité, elle nous a régulièrement envoyé ses signaux, ses appels, mais nous les avons ignorés, nous n’avons pas voulu les entendre, nous avons même lutté contre (pas le droit de craquer, d’être fatigué,..). Or la bonne nouvelle est celle-ci. Si vous percevez cette impression de vous être oublié, c’est une nouvelle conscience de vous qui émerge. C’est signe que vous commencez à vous écouter. Vous entrez à nouveau en relation avec votre Essence. Toutefois, restez en conscience, ne l’oubliez pas le lendemain, commencez à faire de cette écoute de vous-même une des lignes de conduite principales de votre vie. Il se pourrait que cela vous apporte du bonheur!

Dans votre vie, à quel moment avez-vous eu l’occasion de ressentir les signaux et appels de votre Essence?

Tout d’abord, nous percevons des sentiments de lassitude, d’insatisfaction, d’oubli de soi, de décalage. Si alors nous nous autorisons un peu de temps pour sentir et être à l’écoute, si nous renonçons un moment à vouloir agir coute que coute, même si c’est sous l’effet de la fatigue, si nous cessons de vouloir remplir notre programme, nous percevrons ce à quoi nous aspirons vraiment. C’est le moment crucial du lâcher-prise.

Nous aspirons peut-être à nous reposer, peut-être à réaliser quelque chose qui nous semble un rêve trop beau. En tout cas, c’est quelque chose qui nous fait du bien, et qui n’apparait pas comme une contrainte, comme une tache à accomplir. C’est quelque chose qui procure de la joie, de la sérénité ou peut-être l’enthousiasme de créer. Malheureusement, nous repoussons souvent ces idées issues de notre Essence profonde comme quelque chose d’irréalisable ou de fantaisiste.

La confiance en notre Essence

Ayant compris comment s’exprime l’Essence par nos sentiments, et vécu quelques moments de lâcher-prise, nous devons maintenant décider de répondre au quotidien à cet appel vers le bien-être et l’harmonie procurés par l’alignement à l’Essence. Décider d’être heureux pourrait paraitre une évidence, mais ce n’est pas si simple, car il faut vaincre, ou plutôt ignorer, notre besoin de contrôler notre vie, les avis et opinions de notre entourage, les injonctions de notre éducation, et beaucoup de nos idées préconçues. Mais si nous laissons tomber nos résistances, nos doutes, nos appréhensions, cela devient simple.

C’est aussi simple que de passer le volant de la voiture à un chauffeur et de se laisser conduire sans savoir quelle est sa destination (avec un conducteur infiniment sage et intelligent). Cela nécessite d’accepter de s’en remettre à lui. Cela nous confronte à l’inconnu. Quel est le sentiment qui nous permet de nous laisser conduire sereinement par quelqu’un d’autre? C’est la confiance. Il peut vous sembler que vous faites facilement confiance à un conducteur qui vous conduit, mais avez-vous pensé qu’en réalité vous contrôlez visuellement le trajet? La véritable confiance, celle du lâcher-prise, c’est d’accepter de vous laisser conduire les yeux fermés? Ça dépend par qui, bien sûr. Mais nous parlons de votre Essence, n’est-ce pas! L’Essence est comme un habitant invisible dans votre maison, un hôte qui est là depuis toujours, patient et sans exigence, mais habité du désir que vous puissiez développer le meilleur de vous-même. C’est la meilleure amie que puissiez avoir.

S’ouvrir à la transformation, faire confiance, s’en remettre à son Être intérieur, n’exige donc pas de fournir un nouvel effort pour atteindre un nouvel état. Il n’y a pas à lutter et à s’astreindre à des exercices ou des rites. Bien au contraire, c’est cesser de lutter contre soi-même, c’est cesser d’agir de façon désordonnée et inconsciente. Il y a seulement un effort d’attention. D’abord être sûr de vouloir le changement et accorder son attention à cet objectif. Puis tourner son regard vers un personnage de rang supérieur à notre personnalité, notre Être intérieur. Ce n’est rien d’autre que porter une attention plus grande et plus fine à soi-même, de devenir conscient de soi et de ses sensations, et de cesser d’agir de façon automatique.

Les stratégies de résistance de l’égo

Voilà donc pour nous la possibilité de nous extraire de nos souffrances et difficultés, et de laisser place à la joie. Cela semble tout à fait merveilleux et notre première réaction est généralement que nous devrions adopter cette voie. Or, dans la réalité pratique, cette décision soulève bien des hésitations et des résistances, car elle nous demande un changement radical. Sommes-nous prêts à changer? Sommes-nous véritablement prêts à faire confiance à notre chauffeur divin? Sommes-nous prêts à nous laisser conduire sans savoir où il nous mène? Ou bien avons-nous de bonnes raisons de ne pas lâcher prise et de continuer à suivre nos habitudes?

Les excuses

Nous trouvons souvent des excuses pour remettre à plus tard notre intention de suivre les indications de notre être intérieur. Nous sommes trop impliqués dans nos actions, nos “responsabilités” et nos “devoirs” pour accorder du temps à la perception de nos émotions et de nos sensations. Pourtant, cela n’est pas une technique difficile réservée aux experts en yoga. Nous accorder de l’attention est tellement simple que nous pensons que ce n’est pas important, et pris dans notre train-train, nous le faisons passer au second plan.

Par exemple, si nous sommes fatigués ou malades, nous pourrions écouter les signaux de notre corps qui nous demandent de nous reposer. Mais notre égo nous souffle que ce n’est pas possible et nous détournons notre attention: Tu n’as pas le droit de t’arrêter, tu dois assumer tes responsabilités, sinon les autres ne seront pas contents. Si tu ne fais pas ceci, tu auras ensuite beaucoup de retard, tu seras dépassé, tu te sentiras impuissant. Tu seras mal jugé, tu ne dois pas perdre la face vis-à-vis des autres, etc. Qui cherche ainsi des excuses en nous? C’est notre personnalité qui cherche à poursuivre son programme propre, selon ses convictions et ses règles. Ces scénarios de l’égo sont fondés sur la crainte, le manque de confiance.

La peur de perdre et de manquer

L’une des craintes les plus répandues est la peur de perdre. Lorsque tout semble aller plutôt bien, cette peur n’est pas forcément consciente. Je n’ai rien à perdre. Mais lorsque survient une incitation à changer (changer d’attitude, de pensée, de relation, de métier, de lieu, etc), elle se manifeste par la résistance. Tout changement entraine forcément une perte: changer de maison, c’est perdre la jouissance de l’ancienne. Changer de métier, c’est perdre l’ancien. Changer d’habitudes, c’est renoncer aux anciennes et aux repères qu’elles procurent. Se marier, c’est perdre sa solitude. C’est aussi perdre la possibilité de choisir un autre partenaire.

Si je perds ma maison, mon partenaire, mon métier, vais-je en retrouver un autre. Je risque de manquer d’argent, de sécurité, d’amour. Ainsi la peur de perdre est accompagnée de la peur de manquer.

Or sous un autre aspect, changer, c’est aussi gagner la nouveauté qui s’introduit dans notre vie, peut-être meilleure, plus grandiose, plus magnifique, plus chaleureuse. Et si cette nouveauté est en rapport avec notre mieux-être, elle mérite d’être sérieusement considérée. L’être intérieur nous invite au mieux-être en nous guidant dans l’instant présent, tandis que l’égo se réfère au passé, et s’inquiète du futur. Changer, c’est accepter de mourir au passé pour renaitre au présent.

La peur du bonheur

Si l’on est convaincu que l’on a rien à perdre et tout à gagner, il peut sembler absurde d’avoir peur de gagner. Pourtant, cette crainte est insidieuse et fréquente. Beaucoup de personnes ont construit leur quotidien dans la lutte pour survivre, en effectuant des taches, en résolvant des difficultés, en combattant leur maladie, au point qu’ils se sont identifiés à ces actions. Imaginer qu’ils ont la santé, de l’argent, de l’amour les rends nerveux car ils ressentent le vide, ils ne savent plus qui ils sont, ils sont perdus et ils ont l’impression de ne plus exister. Que peuvent-ils faire de ce bonheur s’ils n’ont plus de souffrance ou de problème à traiter?

A titre d’exercice, imaginez, au choix, qu’on vous procure le moyen de bénéficier d’un long séjour dans le pays de vos rêves. Ou si vous préférez, le meilleur compagnon ou compagne correspondant à votre idéal. Ou bien, une grosse somme d’argent. Puis interrogez-vous. Seriez-vous prêt à délaisser vos occupations, vos habitudes? Vous sentez que l’exemple vous fait baver d’envie, ou suscite du plaisir. Si en même temps, vous sentez monter quelques réticences et inquiétudes, ce sont des peurs de l’égo.

Sommes-nous prêts à assumer la joie, la santé, les relations fraternelles? Sommes-nous prêts à nous voir beaux, belles, et rayonnants? Certains sont très dérangés par cette idée. Cela vient que cela comporte une responsabilité, celle de vivre et de prendre sa place pleinement. Bien que cela se fasse naturellement, notre personnalité est à nouveau confrontée par de vieilles blessures, des mémoires où être en lumière nous attirait la jalousie ou l’inimitié, ou même la haine.

Une culpabilité d’être heureux peut aussi être présente, car tellement de gens sont dans la difficulté et la douleur. Ai-je le droit d’aller bien alors que les autres souffrent autour de moi? Vais-je être mal vu, classé dans les nantis, rejeté?

La peur de l’inconnu

La peur de changer résulte du fait que nous ne savons pas vers quoi le présent nous conduit. Nous avançons dans l’inconnu et cet inconnu nous inquiète. Nous ne faisons pas confiance aux poteaux indicateurs et au chauffeur intérieur.

En quoi l’inconnu peut-il nous faire peur? Nous ne nous sentons pas en sécurité. Dans quoi suis-je entrainé? Quel sort cela me réserve-t-il? C’est la peur de perdre son intégrité, peur de ne plus exister en tant qu’être sain et entier. L’inconnu nous semble dangereux et menaçant.

Par contraste, nous avons appris à nous situer en tant que personnalité avec nos rôles sociaux. Nous avons bâti notre vie, parfois durement, en construisant des repères (métier, famille, relations, etc) qui nous permettent de nous sentir en sécurité, du moins tant que ces repères ne s’écroulent pas. Aussi, nous craignons de les perdre. Nous avons peur de voir tous nos efforts anéantis. Nous nous accrochons ferme à ce que nous possédons parce que c’est ce que nous connaissons. Lâcher prise, c’est accepter de nous détacher de ces repères, c’est détacher le bateau de la rive. Mais où nous mènera-t-il? Lâcher prise nous confronte à notre attachement à nos possessions.

Il nous confronte aussi à notre désir de contrôler toutes les circonstances de notre vie, ce qui nous donne l’illusion de la sécurité. Imaginez-vous cesser ce contrôle, quels sentiments surgissent en vous?

Souvent, il y a la crainte d’être non respecté, utilisé, manipulé, abusé pour des fins égoïstes. Ces résistances proviennent de vieilles blessures qui ne sont plus de mise, car elles nous maintiennent dans la coupure avec notre Essence.

Rester attaché à la rive est un choix de vie possible. Pourquoi pas? Jusqu’à ce que la petite voix intérieure intervienne en disant que nous passons notre vie sans être véritablement nous-mêmes, et que nous nous sommes limités, enfermés. Et qu’une autre façon d’être est possible. S’autoriser à lâcher est la plus grosse difficulté que nous rencontrons sur ce chemin. Cela demande de la volonté, du courage et de la confiance.

Toutefois, même si nous restons attachés, le courant de vie est bien présent en nous, et cela nous demandera énergie, peine et fatigue pour résister à sa poussée. Si nous faisons barrage, la pression se fera plus forte et nous devrons lutter de plus en plus fort. Le courant est patient et intelligent, il sait doser et évaluer quand les conditions nous sont favorables.

Or la Terre subit des élévations rapides d’énergie, de fréquence, elle reçoit des impulsions de l’univers et cela a des répercussions sur notre corps, notre énergie et notre Être intérieur . Celui-ci est stimulé de plus en plus fort. Demain les énergies seront tellement importantes qu’elles nous entraineront comme un fleuve puissant vers notre devenir.

Vous ne voulez pas vous laisser entraîner par ce fleuve qui vous mène à votre destinée. Cependant, si vous aviez conscience de l’endroit où il vous mène, ce serait avec un immense Amour, une immense joie, que vous lâcheriez ce à quoi vous vous accrochez si désespérément. Si vous lâchez prise, si vous êtes dans l’acceptation, si vous avez enlevé de vous toute crainte, toute violence, tout regret, vous aurez l’impression d’être une plume qui s’envole au gré du vent vers sa destination. Il n’y aura donc aucune souffrance, il n’y aura que légèreté, joie et bonheur.

L’égo spirituel

Il existe une stratégie bien plus subtile pour éviter d’écouter son Essence, c’est de croire qu’on l’écoute alors qu’en réalité, c’est la personnalité qui se crée un personnage soi-disant spirituel. Une personne de ce type croit que la démarche spirituelle consiste à suivre des règles de conduite et elle s’efforce d’être dans l’amour en pratiquant des rituels et des disciplines. Elle affiche une morale de conduite, et par là-même, elle se juge et juge également les autres par rapport à cette morale.

Elle n’est donc pas dans l’écoute du cœur. Son apparence affichée de spiritualité masque sa peur du jugement. En réalité, elle cherche à être reconnue et aimée. La personne évite de faire face à ses ombres et blessures, mais un grain de sable suffit à les mettre à jour.

L’être spirituel véritable ne cherche pas à prouver et à démontrer. Il sait manier l’humour et la fantaisie. Il n’est pas concerné par une morale extérieure imposée, car il a son guide intérieur. La discipline intérieure crée un sentiment de justesse et de détente, tandis que la discipline imposée s’accompagne de tension intérieure.